20 septembre 2005

Comprend qui veut

A propos de Cravate. Les mots, sales souvent, s'empoissent les uns les autres, s'agglutinent. Pire, ils s'accouplent, copulent dans le sale. Ainsi la mère est pute, est accouplée à la pute, et la fille elle, est mère, pute et vierge à la fois. Le sémantisme des mots sales colle à leur surface signifiante - le signifié est vidé de son sens (lequel se coagule, je le répète, en d'autres termes, faut que ça rentre bordel, à commencer par dans ma tête dégueulasse à la coquille du signifiant) - coquilles mortes, laissées vacantes par le mollusque du réel. Le pagure dit: allez voir la-bas où il n'y a personne si j'y suis. J'y serai. Ma parole j'y serai et je vous attendrai, angélique, avec une bate. L'imaginaire - l'esprit? - sert à purger les mots de leur trop plein de réalité. Il se charge de flétrir le réel, il le prémâche, le rend plus propre à notre digestion, plus propre à la sacro-sale excrétion créative, poétique, magique - les qualificatifs peuvent ici se bousculer, faire la queue, leu leu s'entend, ont beau jouer des coudes dans la file d'attente de la pensée toute-faite, ils ne signifient rien, nada, que de chie. Je peux dire: vous savez, vous, de quoi je parle - sans risque cependant d'arriver un jour à seulement comprendre un traître mot à ce que j'avance tandis que je recule face au réel que je croyais avoir enchaîné pour de bon (mais comme on se goure, mes enfants, comme on se goure), que pour rigoler je descends dans la langue, j'avance à tâtons dans le noir éclatant. Je peux dire ça. Avancer d'autres conneries, des chiasmes, des zeugmas, les ériger lesdites impertinences au rang d'aphorismes même, s'il faut. Mais je ne ferai rien de tout ça. Trop peur de signifier quelque chose noir, sans le faire exprès. Et ce n'est pas mon genre la signifiance. Iphipute fille-mère. Viergepute. Iphifigue. De la figue à l'Iphigénie, un raccourci vertigineux, un pont de singe. Concetti et tout le bataclan. Me comprend qui veut. Moi j'ai arrêté depuis belles burettes de me comprendre, lurettes pardon. L'euphonie putain ça vous ruine un homme, et ce qu'il y a dedans ledit foutu bestiau, le foutu homme - le gaillard insensé, visage-pâle, barbupoilu ivremot qui s'échine à pisser dans un violon, à mettre des mots morts, des morceaux de sucre, des monceaux de mort, de langage mort mis bout à bout, à mettre des morceaux de sucre donc et des somnifères dans l'insupportable café rêvé veillé, du rêve éveillé. Assez pour ce soir.

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