17 septembre 2005

Feuille volante

Bataille, je l'ai très peu lu encore. Quelques impressions me poussent à écrire sur lui ce soir. Je me sens trop lecteur, trop apte à jouir pour être vraiment critique. Cela n'excuse rien.

Jouir. Le mot est lancé. Bataille donne un sens certain à ce verbe. Lacan aussi. Deux types de jouissance.

Jouer. (“Shem est aussi court pour Shemus que Jem est jeu pour Jacob.” C’est la phrase qui ouvre le chapitre 7 du Wake en français, dans la traduction de Philippe Lavergne, elle me vient à l’esprit dès qu’il est question du jouer.) Bataille, mais j'espère me tromper, est moins joueur que Joyce. Ou s'il joue, c'est un peu à la manière des membres du Grand Jeu, tout le temps, au jeu qui ne se jouera jamais qu'une seule fois. C'est au fond ce qui fait de lui un grand écrivain, un philosophe peut-être. (Que l'on m'explique un jour ce qui fait un philosophe et bon nombre de mes insomnies n'auront plus lieu d'être.)

Je suis de ces lecteurs qui s'attachent avant tout au style, à la manière. Mais si j'apprécie tant le peu que j'ai lu de Bataille c'est pour des raisons que je crois être autres que stylistiques ou formelles. Non pas qu'il n'y ait aucune musique, même “petite” dans ses écrits. Le problème n'est pas là de toute façon.

Ce qui me frappe dans un récit comme Le Mort c'est sa qualité – pardonnez le barbarisme – suspensive. Les vingt-huit textes qui constituent cette histoire sont autant de tableaux autonomes, parfaitement suspendus dans le vide. “Elle eut froid, saisie d'un bonheur glacé, suspendu dans un vide inintelligible... ”

Le Mort. Un texte par page, c'est tout. Un peu à la manière de poèmes. Georges Bataille raconte son histoire serrée, comme on fait le café. Serré. Délire de concentration dans cette écriture. Georges Bataille nous apprend à ne pas nous épancher. L'histoire que l'on raconte doit rester collée au corps, au plus près de l’os, dirait Henry Miller, définitivement. Ecriture justaucorps – juste au corps. Justesse au corps.

et ce motif qui si souvent revient sous sa plume, celui de la nuit nue : “ton ventre est nu comme la nuit ” ou alors : “ La nuit était nue dans les rues désertes et je voulus me dénuder comme elle : je retirai mon pantalon que je mis sur mon bras; j'aurais voulu lier la fraîcheur de la nuit dans mes jambes, une étourdissante liberté me portait. ”

[je ne me rappelle pas la date de quand j’ai écrit ces notes, elles me semblent importantes, elles me rappellent ma première rencontre avec GB]

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