25 novembre 2005

Variations, III

Au rade reptilien on a bu. Intense moment de magie dérisoire - rouge et bleue. Puis, les chaises pliantes qui claquent sur la terrasse. Les tables que l'on empile, les chaises qui claquent. La fureur électrique, le vin qui nous a couchés sur un grand lit pliant déplié, qui nous a couchés claqués - sieste les yeux braqués sur la vraie profonde folie de la veille, de la nuit où l'on pleure et boit dans le verre d'un inconnu qui lui, nous connaît bien. Au rade reptilien on a trinqué, on a verrouillé le sens et dynamité l'absence. (J'ai vu tomber l'un de nous, de l'autre côté de la route - bruit de chairs qui sous le cuir se froissent, une côte qui pète, peut-être une rotule qui saute?) Nous sommes tous des magiciens. N'est pas idiot qui veut. J'ai parlé dans la bouche du temps qui va. La pauvre cervelle en voie d'extinction. Bah! L'inconnu laisse tremper ses pinceaux dans nos verres, les siens jadis. Nous avons crié si fort que les têtes sont tombées, une à une, au pied d'un grand arbre. Ne s'étête pas qui veut. Le vide informe, obscène et sacré les retient les têtes. On persiste. On ne meurt pas. Dans le yaourt du réel étouffent les momies sans bras ni queue ni tête que trop souvent l'on a confondues avec des mannequins de cire façon Musée Grévin, avec des créatures bien vivantes et en plastique, façon rue des Hallebardes. Nous travaillons à devenir des promesses de vomi alors que tout nous pousse à devenir aussi crétins qu'un géant de cristal nommé Dieu. Il y a trop d'exagération dans les choses du quotidien. La banalité en fait trop. Elle nous est inaccessible, à nous qui dormons debout et ce, depuis que l'immonde est monde (jeu de mots facile, puant de vérité). ATTENTION AU SQUELETTE ET A LA BEQUILLE. Trop vaste pour cette extinction de voix. Les têtes sont bouchées, les yeux passablement crevés. Nous promenons des miroirs brisés le long des impasses. Il ne fait pas nuit. L'insomnie fait naître des bubons sur le ciel. Le sale est tout-puissant. On ne prie plus, on crie par coeur - on récite nos crières. (Je suis né avec une cuiller en carton dans la bouche. N'oubliez pas de fermer la porte derrière moi.) Ce n'est pas parce que vous êtes nu que tout vous est permis, Ô mon Dieu. Mais plutôt parce que vous êtes à la fois plus grand et infiniment plus petit que ce que je serai jamais à même de rêver ou d'imaginer. Si j'ai pû vous offenser - ce n'est pas chose facile - ne me le signalez pas, jamais. Je vous en crie. Cette histoire doit rester entre Vous et moi. Vous pourrez me battre tant que vous voudrez, promis, une fois que j'aurai fini d'enfoncer ce clou : sachez que la communauté du sens m'est odieuse car moulante comme un dogme, torturante comme [l'auteur a jugé bon de s'arrêter ici, de peur des représailles divines, mais sache Ô mon Dieu, qu'il n'en pense pas moins].

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Nous promenons des miroirs brisés le long des impasses. Il ne fait pas nuit.

et

sachez que la communauté du sens m'est odieuse

?

Odieuse mais vitale??

Gunthar a dit…

Non, pas vitale. Loin de là.
Odieuse, vraiment. La compréhension est l'exception qui confirme le malentendu. Je ne donne pas dans l'exceptionnel, voilà tout.

Anonyme a dit…

pas sûr d'avoir compris.. mais sûr que "vital" n'était pas le mot.
De plus en plus, extrapolant, d'ailleurs.
autant pour moi.