Comme si la seule poésie recevable était soudain devenue celle du corps, l'esprit, le sens et le bon sens se sont échappés, tels des gaz putrides d'un cadavre, d'une charogne, d'un corps mort, tombé, cadere, abject absolu selon Kristeva, ce qui tombe, le corps mort ou la crotte, ce qui tombe, la déjection expulsée, sortie des boyaux ou de la matrice, oui le bébé lui aussi tombe dans la vie, matière, matière, matière cadavérique, pourriture en suspens, l'expression est de Céline, ce que l'on expulse, les poètes de la République, les fous dans leurs asiles, les pariahs joueurs de tambour qui jouent, jouent pour que s'effondrent les murs de la ville, les murs qui séparent, le cadavre est une limite qui a tout envahi, Pouvoirs de l'Horreur, dire cette longue phrase qui peu à peu quitte la grammaire, dire à la façon de Jean-Luc Godard, avec une voix un peu pénible, égrainer, les mots, égrainer, les mots égrainer, mots, renverser les expressions, dire, Pouvoirs de l'Horreur, et ensuite, Horreurs du Pouvoir, c'est facile d'imiter JLG, je veux dire, c'est facile d'avoir un semblant de truc à dire, alors qu'on n'en a que faire, qu'on n'a qu'à faire, alors faites je vous en prie, faites, on n'a que faire, j'en cule d'argot on n'a qu'à faire, on n'a qu'à, on n'a qu'à, mais on ne fait rien que caca, que cada, que tomber, naître mort, mourir à la naissance, que cadavre, tombé, chute, chu, mu, et chut il va de soi, sans dire, il irait sans dire, mais pas sans faire, on n'a qu'à tomber un petit coup, jouer aux cadavres qui dansent et courent, piétinent dans la vie, limites ayant tout franchi, caca, cadavres, qui tombe, qui tombe, tombe le cadavre, e caddi come corpo morte cade, Inf. V. 142, tombe le caca, sera repris plus tard par l'Arioste, in Orlando Furioso, à un petit rien près, pièce radiophonique, mourir au monde, j'aimerais que ceux qui lisent tombent, cadavres, j'aimerais que ceux qui en passant lisent passent leur chemin, ceux qui en passant et ne me connaissant pas, ne connaissant que Gunthar de moi, le chu, caca Gunthar, ceux qui n'ont rien à voir ici, qu'ils circulent, circulez aveugles, il n'y a rien à voir, tout à faire, rien à dire, et les autres cadavres qui disent, mais rien à dire, laissez-moi rire, les autres, j'aimerais qu'ils lisent un peu pour voir, en aveugles, les yeux bandés, mais cela, n'est-ce pas, ne va pas tout à fait de soi, me trompé-je, les yeux bandés et me prennent pour un fou, pour un idiot camisolé dans corps limite ayant franchi le monde et l'esprit gaz putride expulsé tel pet dans un désert, tel coup de simoun ou de grisou, voici le vrai faux visage en papier mâché de Gunthar, voici venu le temps de la langue âpre et dure, de la rocaille alphabet, de la langue amortie dans sa chute cadavérique, pas morte mais imaginez quand même, la langue morte des morts, nécromancielle si ça vous chante, tables tournantes, Tous ceux qui tombent, pièce radiophonique, ectoplasmes putri-identitaires, la farandole des cochons dans la fange, soit l'illisible, une modalité de la littérature, la langue y est à bout de course, acculée, épuisée, j'ai endormi la langue, murmure Joyce, bouillie de voyelles, de consonnes, de syllabes, de mots entiers même, qui demandent à sortir, à gicler sur la page, précise Guyotat, vous dire merde, ce n'est rien... Vous botter le cul pas grand chose... mais faire passer tout ceci en écrit, voilà l'astuce... ça c'est Céline, cette langue sera de l'âme pour l'âme, résumant tout, parfums sons, couleurs, de la pensée accrochant la pensée et tirant, et ça c'est Rimbaud, autant de figures tutélaires, et j'en oublie forcément, tant je ne suis pas seul, tant tous ces morts-là m'habitent, me hantent de leurs vertiges, je ne suis pas seul à tomber, tombe le caca, tombe le cada, tombe le cacavre, les sons fondamentaux, no joke intended, de Sam, je dis Sam, je devrais dire Beckett, pièce radiophonique de, ceux qui tombent, caca Gunthar tu as chu, étron silencieux, chut, sommeil ou veille de la langue, fin again, la fin encore, toujours la fin qui n'en finit pas de finir ni même de recommencer, Knut Hamsun forcément, aujourd'hui je me lâche, des siècles que j'attendais cela, et tant mieux pour ceux qui ne comprendront pas, eux resteront morts et ce sera tout, et ils seront heureux dans cette mort mesquine appellée, appellée, je n'ai plus de nom pour ça, ça n'a auccune sorte d'importance, pour cet état sordide, rassurant, écoeurant, lorsque l'esprit est noué inexorablement au temps qui va, sordide, caca Gunthar, tombe le Gunthar, sult la faim, sult, sult tellement plus expressif et concret pour dire la faim, sult, une syllabe qui ne vient pas de moi, pas de ma langue, mais d'une langue autre, âpre et rugueuse, sult la faim, Knut Hamsun, une langue autre vivifiée nourrie sur le cacavre de la littérature, litter-ature selon Lacan, la lettre est ordure, ordure, sult, tombe le caca, le cacavre des cadavres lettrés nourrit ma langue de sult, d'insulte infâmée, de sult affamée, piller les morts, bouffer les cacavres, chiécrire forcément, comment faire autrement, ceci qui déjà est à mi-expulsion doit sortir complètement, les pieds devant, ou par le siège, ou la tête en avant tel bébé caca, tombe le bébé cacavre dans la vie, tombe le bébé, expulsé la tête la première ou par le siège, par le siège, prêt lui-même à expulser méconium, tombe le caca, caca Gunthar, je peux continuer longtemps, il y en aura comme ça des kilomètres à dérouler, laissez-moi un peu le temps de chier, et je vous promets de l'ordure au kilomètre, la proximité de certaines choses, entrée et sortie, sortie et sortie, j'en perds le sens du désir, proximité à la fois phonique et géo-corporelle de cul et con, leur contiguïté relevée par Augustin déjà, reprise par Bataille, non moi non plus je ne lis pas Bataille, j'en entend parler, c'est tout, ou plutôt, il parle dans ma tête, ah ah, non, ce n'est pas vrai, petit dérapage, une blague, perte de contrôle, rien de tel que la perte de contrôle, les pertes en général, sanies ou autres, ont quelque chose de vraiment répugnant, au dire de certains, mais que dire d'eux, oh! non, on ne peut pas dire que j'aime ça la merde, il ne faut pas tout confondre, même si j'y suis con, voyons, moi non plus je ne m'entends plus, ça fait longtemps pour tout vous dire que j'ai arrêté d'essayer de me comprendre, baissé les bras comme on dit, mais quel fardeau cet être, le mien, cet absent, non j'exagère, contigu, dis-je, au con, à la mouille contigu, mi-expulsé, ceci, ce moi ne sort pas tout à fait, vous pouvez arrêter votre lecture ici, et oublier ce que j'ai dit, je n'y crois pas un seul instant, mais foutez-moi la paix, je n'ai rien demandé à personne, je n'y puis rien si nous sommes comme cul et chemise, comme con et cul, contigus, lecteurauteur, symbiose du con et du cul, lecture ou conculture, inter faeces et urinam nascimur, oui, j'en ai des kilomètres comme ça, naissons entre crotte et pipi, c'est ainsi, et on n'a jamais fini de naître vraiment, et cacatera et cacatera, nix fini, nix recommencement, voici que ceci continue, dans le noir forcément, où voulez-vous d'autre, nous avons, pas vrai, toute une tradition de non-lumière derrière nous, je me comprends, sans même parler, d'ailleurs quelle idée j'ai eue là, enfin, ce n'est pas une idée, à proprement parler, juste une compulsion, une obsession, l'impossibilité de faire autrement que par cette gageure, les mots, pour les nommer, mais je m'égare, revenons-en à nos aveugles, à la troupe des écoeurants, des singes, je crois qu'il faudrait que j'en discute avec Mathieu avant de continuer, non, non, laissez-le là, tel quel, il va roupiller bientôt, le tout c'est d'être silencieux, vraiment silencieux, et on pourra continuer à dire, mais quoi au juste, là n'est pas la question, il y a d'énormes mystères dans les réponses que l'on nous a imposées jusqu'ici, je m'explique, et puis non, je pense que toute explication est superflue, il faut tordre le cou à l'énigme, aller de l'avant, appeler ça aller, tiens écho de Sam, je ne devrais pas dire Sam, mais cacavre, revenons à nos égarés, je veux dire, à nos aveugles, bêtisons jusqu'à ce que mort s'ensuive, belle mort, je pense à la toute fin de Pierrot le Fou, après tout c'est idiot, belle mort, hum, non, qui dansent, qui courent, les cada, les cadavres, langue morte, mots mantiques, magie de l'image, vieil anagramme, mais il ne me reste que ça, des vieilleries, des vieilleries de vielleries, ainsi T.S. Eliot et son Waste Land, je ne vais pas vous embêter avec ça, il y a d'autres façons de mourir, y a qu'a, comme dit le philosophe, y a qu'à se laisser vivre, en aveugle, quoi que pas si sûr, peut-être en insomniaque les yeux ouverts, confère Shades, inédit jusqu'à présent, lunettes noires derrières lesquelles, enfin vous voyez voyeurs, aveugles, mais à un point, aveugles mais à un point tel que ce n'est plus de la cécité mais un scandale, une maladie de l'âme plutôt que de ses fenêtres, ah ah, suffit pour aujourd'hui
Encore plus de logorrhée
Encore plus de logorrhée
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