14 janvier 2006

Un passage de Mort à crédit

"J'avais la bonne place au football, je tenais les buts... ça me permettait de réfléchir... J'aimais pas, moi, qu'on me dérange, je laissais passer presque tout... Au coup de sifflet, les morveux ils s'élançaient dans la bagarre, ils labouraient toute la mouscaille à s'en retourner les arpions; ils chargeaient dans la baudruche, à toute foulée dans la glaise, ils s'emplâtraient, ils se refermaient les deux châsses, la tronche, avec la fange du terrain... Au moment de la fin de la séance, c'était plus nos garçonnets, que des vrais moulages d'ordure, des argiles dégoulinantes... et puis les touffes de colombins qui pendaient encore après. Plus qu'ils étaient devenus bouseux, hermétiques, capitonnés par la merde, plus qu'ils étaient heureux, contents... Ils déliraient de bonheur à travers leurs croûtes de glace, la crêpe entièrement soudée."

Interdit je suis face à ça. Tout Mort à crédit regorge de pareilles scènes, décrites avec cette verve. Cet après-midi, j'ai passé trois heures à écrire une phrase, et même pas une longue, pas plus de quatre lignes. J'en étais content, avant de relire Céline. Il faut vraiment suer, suer beaucoup, suer énormément pour seulement arriver à rendre le dixième d'une vision célinienne. Qui écrit vraiment, qui a lu Céline, le sait bien : il nous dépasse en ordure et en grâce. Vanné par ce que je fais en ce moment (indépendamment de ma prose - des choses stupides et aberrantes, bref...) et puis par-dessus, du Céline. Je suis à deux doigts d'être cliniquement mort, mais il faut que je veille encore un peu, quitte à forcer la mécanique, quitte à défaire la cervelle complètement. Réécrire ma phrase, encore.

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