22 février 2006

Blogue note : interview de Gunthar par moi-même : sous les verrous/ face aux verrous


Moi-même : Peut-être ouvrir un autre blogue encore, mais en limiter l'accès. C'est très faisable. Qu'en penses-tu, Gunthar?

Gunthar (assis dans une chaise pliante, dans un coin du net, boit la bouteille de whiskey irlandais que j'avais réservée à Dieu): Je me dis que ça pourrait être intéressant, et pratique de surcroît. Comme ça, je serai vraiment sûr que personne, ou presque, ne lit ce qui se passe ici. Et puis l'écriture sera alors sans doute plus proche de l'écriture sur papier, plus libre, comme dans un carnet que nul ne lit ou presque.

Un manuscrit énorme, 800 pages à vue de nez, soit l'ampleur d'un grand blogue de merde, brûle dans la cheminée. Gunthar se sert un grand verre.

M-M: Ca irait à l'encontre de la bête et fondamentale liberté de l'internaute.

G: Oui. On n'est jamais libre de faire de toute façon. (Il boit son verre) Autant verrouiller un blogue, ouvrir un endroit verrouillé. Pour voir si je ne serais pas plus libre, libre de faire et de penser, sous les verrous ...

M-M: Non, Gunthar, tu te trompes.

G: Dis-moi en quoi? (il rote)

M-M: C'est eux que tu enfermeras, dehors, "face aux verrous" comme disait l'autre.

G: Alors ils comprendront que la liberté de faire, même ici, sur la toile, est une gageure.

M-M: Ah.

G: D'ailleurs, hier, j'ai vu l'Homme, l'abstrait dont parle la philosophie. (Gunthar est visiblement ivre) J'ai vu l'Homme et ses verrous. Il est tout sauf libre. Il ferait un merveilleux internaute, s'il avait un peu moins de ....

M-M: Moins de quoi?

G: Aucune importance. (Il regarde le plafond du net) J'aimerais mieux avoir des lecteurs vrais, avec un squelette sous leur chair. Cette bande d'aliénés qui ont tout de robots m'épuisent le cul. Tous plus pseudonymes les uns que les autres. Je me casse.

M-M: Où vas-tu?

G: Sous les verrous, mon cher.

Il part avec la bouteille. Il est déjà loin, l'animal. Ridicule, dans la chaise pliante, une dépouille décapitée d'internaute, d'homo sapiens blogus.

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