10 février 2006

Encore encore : "l'utile, ça sert à quoi?"

... au fond, le droit parle de ce dont je vais vous parler - la jouissance.

Le droit ne méconnaît pas le lit - prenez par exemple ce bon droit coutumier dont se fonde l'usage du concubinat, ce qui veut dire coucher ensemble. Pour ma part, je vais partir de ce qui, dans le droit, reste voilé, à savoir ce qu'on y fait dans ce lit - s'étreindre. Je pars de la limite, d'une limite dont en effet il faut partir pour être sérieux, c'est-à-dire pour établir la série de ce qui s'en approche.

J'éclaircirai d'un mot le rapport du droit et de la jouissance. L'usufruit - c'est une notion de droit, n'est-ce pas? - réunit en un mot ce que j'ai déjà évoqué dans mon séminaire sur l'éthique, à savoir la différence qu'il y a de l'utile à la jouissance. L'utile, ça sert à quoi? C'est ce qui n'a jamais été bien défini en raison du respect prodigieux que, du fait du langage, l'être parlant a pour le moyen. L'usufruit veut dire qu'on peut jouir de ses moyens, mais qu'il ne faut pas les gaspiller. Quand on a l'usufruit d'un héritage, on peut en jouir à condition de ne pas trop en user. C'est bien là qu'est l'essence du droit - répartir, distribuer, rétribuer ce qu'il en est de la jouissance.

J. Lacan, in Encore (Points Seuil, pp.10-11).

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