26 mars 2006

Artaud "poète d'aujourd'hui"


Une fois n'est pas bitume, j'ai été con. Con d'avoir acheté ce livre, chez un libraire d'occase que j'aime bien. (Le libraire n'y est pour rien, j'avais simplement envie de lui témoigner ma sympathie en le mentionnant - sans le nommer explicitement il va de soi : ma sympathie a ses limites : l'ouvrage dont il est ici question m'a tout de même coûté sept (7) euros.) Connaissez-vous ce Georges Charbonnier? Moi non plus. Je ne me risquerais pas à dire que ce critique est d'une importance minime. Et puis si, M. Charbonnier est assez insignifiant à mes yeux. Georges Charbonnier, disais-je, a commis un livre passablement mauvais sur l'Antonin. Oui, j'ai la dent dure.

Mais veuillez noter à ma décharge que :

J'ai essayé de le lire, ce livre. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié les pages d'ouverture. Grosso merdo, de la page neuf à treize, c'est relativement alléchant. M. Charbonnier, par une jolie pirouette, se targue de ne pas connaître Artaud, de ne pas l'avoir connu de son vivant. Du coup, il peut se permettre de parler en amateur, c'est d'ailleurs ce qu'on a de mieux à faire en matière de littérature. L'amateur, c'est celui qui aime, me dit Littré. Il faut aimer. Bref.

"EUX, les amis d'Antonin Artaud, ils n'ont pas peur : ils l'ont fait relâcher. Ils ont osé dormir à ses côtés. Ils le jugent optimiste. Nous, nous le connaissons : nous écoutons ses cris. Et nous savons qu'il faut le crucifier. Qu'on nous laisse le clouer." Ainsi finit l'Avant-propos de Charbonnier. Jusqu'ici, tout va assez bien, je n'ai pas encore envie de jeter mon tabouret à la tête du poivrot qui gueule dans mon oreille des insanités en langue alsacienne (je suis dans le plus minable rade d'Alsace, autant dire du monde - ici les gens beuglent des mots d'amour et de haine, font trembler les vitres, picolent kolossalement). Ce poivrot n'y est pour rien. J'avais simplement envie de lui témoigner ma plus tendre sympathie, en me gardant de le nommer explicitement, il va de soi. Je pense qu'à l'heure qu'il est, il a dû provoquer une petite bagarre dans ce minable troquet.

Charbonnier s'amuse à singer la manière d'Artaud. Il poétise, ou plutôt il artaldise son propos. Ca rate misérablement. C'est consensuel. Il y a des passages dans cet ouvrage où la prose de Charbonnier se veut quasi-incantatoire (je vous épargne les citations). Mais là encore, ça foire, ça se chie dessus. Il y a des moments franchement hilarants où notre homme, en adoptant la voix de la doxa, de l'opinion courante, s'adresse directement à Artaud. Moi, je veux bien vous en citer un petit morceau, si vous y tenez, mais je ne suis pas responsable de votre rire :

"Souffrez-vous donc de votre Moi?
De votre Moi en tant que moi isolé - pré-isolé - ou de votre Moi juxtaposé à nous?
Nous vous rappelons que vous ne pouvez rien être d'autre que nous-même sauf dans la mesure, naturellement, où vous éprouvez cette contraignante tendance à la séparation, car nous sommes agglutinés, agglomérés, agrégés et rien, en nous, n'aspire à la ségrégation, donc rien, en vous, ne devrait aspirer à se retrancher. Il ne saurait y avoir de séparation ni à plus forte raison de retranchement - qui implique la volonté du retranché - puisqu'il ne peut y avoir juxtaposition : il ne peut y avoir que agglomération. Il faudrait, pour vous admettre en tant qu'Antonin Artaud, une faille quelque part, une faille dans le raisonnement. C'est impossible : le raisonnement peut, par division à l'extrême, recouvrir, embrasser toutes les possibilités, tous les cas." (pp. 68-69)

De la crotte, je vous avais prévenus.

J'aime beaucoup, vous le savez, vous qui me lisez, la collection Poètes d'aujourd'hui, chez Seghers. Mais là, je trouve que celui-ci est franchement naze. Aucune photo en plus, hormis la jolie, l'humaine (a/m dixit) qui se trouve en couverture.

Seul avantage de ce livre : il présente beaucoup d'extraits de poèmes, de lettres et de textes d'Artaud. Certes, cela ne remplace pas la lecture complète, vaste, infinissable de l'oeuvre du poète, mais ces quelques textes - hélas trop incestueusement mêlés à la prose de M. Charbonnier - donnent bien envie de se plonger dans Artaud, pour de bon. A la limite, Charbonnier a su présenter un florilège assez pertinent des écrits d'Artaud. Mais l'éloge de ce livre, avec la meilleure des volontés d'un lectorat sensible et un tant soit peu censé, s'arrête ici; elle ne peut s'étendre que jusqu'à cette triste limite, et encore.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

L'ouvrage a tout de même le mérite de sa couverture: Artaud, pour une fois, semble humain ..

Anonyme a dit…

Sembler humain...atteindre les limites de l'humanité, où l'oeil se détache de l'etre pour l'arracher à sa condition
Ben dans cette collection j'ai piqué un livre sur une poete (vuq ue poetesse serait péjoratif) russe, Anna Akhmatova.Je vous le conseille vivement.