27 janvier 2006

Bartleby, ou la formule

Il appartient à la psychose de mettre en jeu un procédé, qui consiste à traiter la langue standard, de manière à lui faire « rendre » une langue originale inconnue qui serait peut-être une projection de la langue de Dieu, et qui emporterait tout le langage. [...] N’est-ce pas notamment la vocation schizophrénique de la littérature américaine, de faire filer ainsi la langue anglaise, à force de dérives, de déviations, de détaxes et de surtaxes (par opposition à la syntaxe standard )? Introduire un peu de psychose dans la névrose anglaise ? Inventer une nouvelle universalité ? On convoquera au besoin d’autres langues dans l’anglais, pour mieux lui faire rendre un écho de cette langue divine de tempête et de tonnerre. Melville invente une langue étrangère qui court sous l’anglais, et qui l’emporte : c’est l’OUTLANDISH, ou le Déterritorialisé, la langue de la Baleine.

Gilles Deleuze
, « Bartleby, ou la formule », in Critique et Clinique, p. 93.

Je n'aime pas cet article de Deleuze, que je juge au fond trop réducteur. On ne réduit pas Bartleby the scrivener à une bête formule selon moi. Toujours est-il que le passage cité ci-dessus m'est précieux, pour des raisons évidentes (psychose, travail sur la langue, etc) .

2 commentaires:

Anonyme a dit…

sur Bartleby, lire "Bartleby ou la création" de Giorgio Agamben

Gunthar a dit…

Sans doute. Les essais d'Agamben que j'ai pu lire ont en tous cas toujours été très éclairants. Sa lecture des Immémoriaux de Segalen par exemple - grand roman méconnu - est magistrale. Son essai sur Melville traîne chez moi, sous une pile d'ouvrages à lire. Pas prêt de le lire, même si L'envie ne m'en manque pas.