Quelque mots de Reverdy (Reverdy toujours). Tout au long de sa vie, le poète a consigné des notes, des espèces de maximes, des aphorismes. Un penchant moraliste quelquefois, et c'est, je trouve, regrettable, ça ne colle pas à ses poèmes si bien situés et dégagés. J'oppose l'auteur dégagé à l'écrivain engagé. L'écrivain peut s'engager, comme une lame de couteau, dans la motte de beurre du réel. C'est un souci vulgaire et peu ambitieux. Oh! je ne dis pas que l'engagement est inutile, mais je n'en ai pas le coeur. (Plus tard, quand je serai vieux et riche oui, je m'engagerai pour faire disparaître les pauvres et les jeunes, il va de soi; mais là non, je ne peux pas, je suis jeune et pauvre. Oui, oui, cynique. Mais pas tant que ça. Simplement à l'image du monde. Illustration in absurdo (sic) de cette réalité mesquine qui nous fait abhorrer ce que l'on n'est pas/plus/pas encore.) Ou alors l'auteur peut se dégager, autant que faire se peut, dudit réel. Il se dégage, mais bien évidemment, il se retient, comme l'écrit Reverdy dans un poème, aux bords du trou:
"Ce qui me rassure un peu c'est que je pourrai
toujours me retenir aux bords"
[se rassurer, ça compte. La "rassuration" si chère à un certain Cravate, pour ceux qui connaissent]
Voici quelque notes de Pierre Reverdy - qui cette nuit m'ont à la fois empêché de dormir et aidé à dormir mieux.
Il faudrait prendre la vie comme on se met à table - avec le simple propos d'arriver à la fin ayant perdu toute envie de vivre, comme de manger.
L'au-delà c'est tout ce qui est en dehors de notre étroite peau.
La poésie est à la vie ce que le feu est au bois.
La vie est une chose grave. Il faut gravir.
(Toutes ces remarques se trouvent dans Livre de mon bord)
L'art est une espèce de filtre de la réalité. Le filtre joue un très grand rôle lorsqu'on veut obtenir du bon café.
Je sais pourquoi j'aurai passé toute ma vie à regretter de n'avoir pas exercé l'art de peindre. Je sais par quoi il est plus lié à la réalité que l'écriture : c'est qu'avec les mots bleu ou rouge on ne risque pas de se tacher les doigts.
(in En Vrac)
Reverdy, un poète non pas dégagé, mais un poète qui s'accroche ou qui se retient.
"Ce qui me rassure un peu c'est que je pourrai
toujours me retenir aux bords"
[se rassurer, ça compte. La "rassuration" si chère à un certain Cravate, pour ceux qui connaissent]
Voici quelque notes de Pierre Reverdy - qui cette nuit m'ont à la fois empêché de dormir et aidé à dormir mieux.
Il faudrait prendre la vie comme on se met à table - avec le simple propos d'arriver à la fin ayant perdu toute envie de vivre, comme de manger.
L'au-delà c'est tout ce qui est en dehors de notre étroite peau.
La poésie est à la vie ce que le feu est au bois.
La vie est une chose grave. Il faut gravir.
(Toutes ces remarques se trouvent dans Livre de mon bord)
L'art est une espèce de filtre de la réalité. Le filtre joue un très grand rôle lorsqu'on veut obtenir du bon café.
Je sais pourquoi j'aurai passé toute ma vie à regretter de n'avoir pas exercé l'art de peindre. Je sais par quoi il est plus lié à la réalité que l'écriture : c'est qu'avec les mots bleu ou rouge on ne risque pas de se tacher les doigts.
(in En Vrac)
Reverdy, un poète non pas dégagé, mais un poète qui s'accroche ou qui se retient.
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