19 février 2006

Encore une note sur Joyce

Je me dis quelquefois que l'aventure littéraire de Joyce se résume à un lent, laborieux et méthodique ratage. S'il est incontestable que Joyce est un grand écrivain, je suis, pour tout vous dire Docteur, moins sûr qu'il soit un grand romancier.

Le problème avec Joyce, c'est qu'il écrit. Il ne fait que ça d'ailleurs, écrire. Si bien que le texte prend trop de place dans sa fiction. Lorsqu'on lit Joyce, on en oublie d'oublier qu'on est en train de lire. L'axiome de Conrad et de Ford selon lequel le boulot de l'écrivain consiste à disparaître, en toute humilité, derrière sa fiction, n'est pas valable chez Joyce. Bien que l'idéal de Stephen, on le sait, consiste en la dépersonnalisation de l'auteur, il me semble que ce n'est pas l'idéal même de Joyce. Au contraire.

Il n'y a rien d'humble dans cette écriture tellement présente, hypermnésique nous dit Derrida dans Deux mots pour Joyce [vérifier les sources]. Machines démentielles, à la mémoire compulsive, Ulysses et Finnegans Wake retiennent notre attention. [Les additions que l'on fait enfant, et quand on dit je retiens un, pour les dizaines par exemple ...] Retenir, voilà qui me paraît important.

Avec darwyn on s'est dit que s'oublier en lisant, revient à se dissoudre dans le texte. J'aimerais pouvoir me dissoudre, comme un efferalgan - j'ai une gueule de bois monstre, pas vous les amis? on a vraiment bien fêté hier, pas vrai? - j'aimerais me dissoudre dans Finnegans Wake le grand roman-fleuve. J'aimerais fondre, sombrer dans cette oeuvre, comme une fille folle dont l'art était la danse. Je n'ai de cesse de le dire, on ne peut raisonnablement que contempler Joyce, son oeuvre. Il s'agit peut-être dans le cas d'Ulysses et de Finnegans Wake de contourner la raison pour seulement accéder à quelque chose de raisonnablement communicable, sinon tout tombe... à l'eau. Car lire Finnegans Wake, c'est résolument s'y plonger. Est-ce à dire que comprendre ce livre, c'est sombrer?


Lire Joyce, c'est mettre le sens en apnée selon moi. On retient notre compréhension du texte.









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