Selon Hegel, les êtres humains, tout comme les animaux, ont des besoins et des désirs naturels pour des objets placés en dehors d'eux-mêmes : nourriture, boisson, abri et par-dessus tout préservation de leur propre corps. L'homme diffère toutefois fondamentalement des animaux parce qu'il désire en outre le "désir" des autres hommes, c'est-à-dire qu'il veut être "reconnu". En particulier, il entend être reconnu comme être humain, c'est-à-dire un être doué d'un certain mérite ou d'une certaine dignité. Cette dignité est liée au premier chef à sa volonté de risquer éventuellement sa vie dans une lutte pour le seul prestige. Seul l'homme est en effet capable de dépasser ses instincts purement animaux - dont principalement l'instinct de conservation - pour poursuivre des principes et des buts plus élevés et abstraits. Les enjeux de cette bataille sanglante, aux premiers temps de l'Histoire, ne sont ni la nourriture, ni l'abri, ni la sécurité - mais le seul et pur prestige. Selon Hegel, c'est le désir de reconnaissance qui conduit les deux premiers rivaux et combattants à rechercher mutuellement que l'autre "reconnaisse" la nature d'être humain de son antagoniste, en mettant en jeu leur vie dans un combat mortel. Lorsque la peur naturelle de la mort conduit l'un des combattants à se soumettre, la relation du maître et de l'esclave est née. Et c'est précisément parce que l'enjeu de la bataille n'est pas déterminé par la biologie que Hegel voit en lui la première lueur de liberté humaine.
In La fin de l'Histoire et le dernier homme. Francis Fukuyama. [c'est bibi qui souligne]

Cet ouvrage de Fukuyama, ça fait un bon bout de temps que je veux le lire. Maintenant que je l'ai - enfin - entre les mains, je peux commencer à me faire un avis sur cette prétendue "fin de l'Histoire". Non pas que l'Histoire ait fini de se dérouler, de s'écrire, mais plutôt, si je comprends bien, qu'elle est arrivé à son terme, qu'elle n'a, en un sens, plus rien à nous apprendre. Pas fin des temps. Fin de la dialectique ou quelque chose comme ça. La fin même rêvée par Marx, et par Hegel avant lui si je ne m'abuse.
In La fin de l'Histoire et le dernier homme. Francis Fukuyama. [c'est bibi qui souligne]

Cet ouvrage de Fukuyama, ça fait un bon bout de temps que je veux le lire. Maintenant que je l'ai - enfin - entre les mains, je peux commencer à me faire un avis sur cette prétendue "fin de l'Histoire". Non pas que l'Histoire ait fini de se dérouler, de s'écrire, mais plutôt, si je comprends bien, qu'elle est arrivé à son terme, qu'elle n'a, en un sens, plus rien à nous apprendre. Pas fin des temps. Fin de la dialectique ou quelque chose comme ça. La fin même rêvée par Marx, et par Hegel avant lui si je ne m'abuse.
8 commentaires:
Pour le jeune Hegel, la victoire de Napoléon marquait le triomphe définitif des idées de la Révolution française et donc la fin de l'histoire. C'est la chute du mur de Berlin, symbole du triomphe des démocraties libérales qui, pour Francis Fukuyama marque la fin de l'histoire? L'histoire finit-elle donc chaque fois qu'une nouvelle idéologie s'impose. Voir la réponse de Jean-Pierre Labrès à cette question. (http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Francis_Fukuyama)
cette imbécile de fukuyama ! Capitalisme, démocratie libérale, on s'entend.
Pour le jeune Hegel, la victoire de Napoléon marquait le triomphe définitif des idées de la Révolution française et donc la fin de l'histoire. C'est la chute du mur de Berlin, symbole du triomphe des démocraties libérales qui, pour Francis Fukuyama marque la fin de l'histoire? L'histoire finit-elle donc chaque fois qu'une nouvelle idéologie s'impose. Voir la réponse de Jean-Pierre Labrès à cette question. (http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Francis_Fukuyama)
cette imbécile de fukuyama ! Capitalisme, démocratie libérale, on s'entend.
Sans doute que l'Histoire s'arrête plus souvent qu'on le pense.
Indépendamment de toute conviction politique (je suis puceau en la matière, je ne suis que passablement citoyen), je trouve qu'il y a chez Fukuyama des idées intéressantes, comme son utilisation de la reconnaissance par exemple.
Bizarrement, c'est pour explorer une certaine idée de l'"utopie marxiste", que je lis Fukuyama.
Guillemets, car comme chacun sait, l'expression est antinomique. Or il arrive que la littérature joue et ressorte de cet impossible-là.
Une utopie ne fomente-t-elle pas, par définition, la fin de l'Histoire? (Bien entendu que l'utopie n'est pas viable politiquement, mais je le répète, je ne suis que vaguement citoyen. C'est à peine si je suis au monde.)
"The End of History?", l'article de Fukuyama paru en 89, me fait sursauter. J'attends de "La fin de l'Histoire et le dernier homme", son livre un peu daté maintenant (1992), qu'il infirme ni qu'il confirme mon premier sentiment, mais plutôt qu'il me permette, comme on dit, de me faire un avis, sans doute erroné, qui aura cependant le mérite de m'être propre : je ne traiterai pas Fukuyama d'imbécile - pas d'avantage que de génie - avant d'avoir lu son livre, et peut-être même ceux qui ont suivi. Merci, donc, pour le lien, mais je ne visiterai cet endroit que plus tard.
En effet je n'ai pa lu le livre. Toutefois puisque tu ne l'as pa lu non plus(?), je pense que lorsque tu parles de l'usage de Fukuyama de la reconnaissance, tu dois plutôt vouloir parler de ce que dit Fukuyama sur Hegel. En ce cas une seule référence s'impose, c'est la Phénoménologie de l'Esprit -chapitre IV (traduction Lefevre à moins de lire l'allemand, mais lire l'allemand n'est toutefois et malheureusement pas suffisant pour lire Hegel dans le texte). Ensuite on n'a pas toujours le temps de lire tel ou tel livre voire la succession d'ouvrages de tel ou tel auteur, tant bien même on passerait sa vie à lire. Mais je ne comprend pas pourquoi tu parles de littérature et de Fukuyama en même temps. Je suis fort étonné simplement qu'on soit amené à lire Fukuyama pour des raisons en lien avec des préoccupations littéraires. Je suis aussi étonné de cet avis propre qui peut se passé d'être juste, est ce là le langage d'un littéraire ? Est ce un mot d'esprit, du style ? Toutefois cette méthode qui ne recherche pas la scientificité, a le bon sens se munir de prudence, d'une certaine suspension du jugement.
Fukuyama reprend la reconnaissance à son compte, non sans s'acquitter de sa dette envers Hegel et Platon. Il se gargarise d'ailleurs pas mal avec la "thymotique" platonicienne au fil de cet ouvrage. Je n'ai cependant pas le recul ni la sapience nécessaires pour juger de l'honnêteté ou de la validité de ce recyclage. (Recyclage par ailleurs ouvertement tributaire de celui opéré par Kojève.)
Pour dire les choses comme elles sont, plus je persévère dans ma lecture de cet ouvrage, et je persévère peu finalement - en vérité je patauge joyeusement - plus je lis Fukuyama donc, plus j'ai l'impression de lire Dan Brown. Il y a un je ne sais quoi de racoleur dans ce livre. Tu me diras que le simple fait que cet opus politique soit tombé dans les mains d'un pauvre littérateur constitue la preuve irréfutable de sa qualité sulfureuse et potentiellement déviante, sinon de son caractère irrecevable au plan politique ou historique - et tu auras sans doute raison!
Ma lecture de Lessing, de Conrad et de Shakespeare, dans leur langue respective, m'a appris qu'il s'agit bien quelquefois d'avoir recours à une langue autre, pour mieux entendre le bruit, la sagesse ou la fureur. Aussi, rassure-toi, me tournerai-je, en temps voulu, à une traduction de Hegel (mettons, celle de Lefevre) avant même de penser à lire ce philosophe dans le texte. Jouisseur mais pas masochiste pour autant, le Gunthar.
Ensuite, Gunthar, qui est paraplégique, passe son temps à lire, il n'a que ça à faire d'ailleurs. Cela n'excuse rien. Hegel, quoi qu'il en soit, est un passage obligatoire, je m'en rends bien compte, mais je n'ai hélas que peu - pas du tout - pratiqué son fameux Système.
Maintenant que j'ai quelque chose qui ressemble à un hegelien sous la patte, qu'en est-il, cher 52, de la Propédeutique Philosophique de 1810? J'ai cru comprendre que Hegel y parle de "Genuss". La Propédeutique est-elle lue de nos jours? Que font les hegeliens de ladite jouissance? Le docte Braunstein m'a mis en haleine, je dois bien l'avouer (cf. http://depotoirsemiotique.blogspot.com/2006/02/signe-afft-sur-le-singe-pierre-hegel.html) Est-ce que cette jouissance a été déterrée par Lacan exclusivement (j'en doute...)? Est-ce qu'elle revêt une importance significative dans le Système de Hegel? Ou alors est-ce une simple vétille, un petit truc de rien du tout à la limite de l'accidentel, un arbuste qui cache la forêt, une chose en définitive guère bandante, et qui ne flanque pas la nuit des sueurs froides aux hegeliens? Je le répète, je n'y entends couic à Hegel, d'où peut-être l'insolence ou la naïveté de ma question : que font les hegeliens du Genuss?
Tu dis ne pas comprendre pourquoi je mêle Fukuyama à la littérature. Moi non plus, pour ne te cacher que le minimum, je n'en sais rien. Mais je me dis : Pourquoi pas? (J'en connais d'illustres qui ont mêlé leur littérature aux théories les plus farfelues sans croire un instant en leur validité, mais je m'égare.)
Autre chose; j'ai le sentiment que si mon avis m'est propre, il y a peu de chances qu'il soit juste. (Entendons : juste, aux yeux de ceux qui pensent, de ceux qui savent, etc.) Ce n'est pas là un bête mot d'esprit, pas davantage que du style exclusivement - il s'agit ni plus ni moins d'une conviction. Méthode au fond est un terme qui ne me convient pas. Remplaçons-le, si tu le veux bien, par : promenade sur des charbons ardents. N'importe quelle image fera l'affaire, mais pas méthode. Trop connoté, trop "scientiste" justement.
Oui, chère rose,
mon jugement je l'ai suspendu
par les pieds
au dessus du vide
il va de soi.
bien vu !
Bien vu, mais à la limite peu importe. Disons que j'ai des espions.
As-tu des éléments de réponse quant au Genuss selon Hegel? En parle-il ailleurs que dans la Propédeutique? Cela m'ôterait la peine de compulser le corpus du Meister.
malheureusement je ne suis pas tout à fait ce qu'on appelle un spécilaiste d'Hegel (j'espère d'ailleurs n'être jamais spécialiste de qui que ce soit), je ne peux donc répondre à aucune de tes questions. De plus d'Hegel je ne connais que la Phénoménologie de l'Esprit (chapitre IV) et encore, il n'y est pas tellement question de jouissance mais de conscience de soi de maître de serviteur de cette reconnaissance et de la lutte à la vie à la mort au nom de cette reconnaissance justement. En ce qui concerne Hegel, et là je me réfère à l'introduction du dit livre, je connais peu de philosophes qui écrivent avec pour le dire simplement un style aussi formidable. Ce style qui pour le spécialiste universitaire n'a pas tellement d'importance est pourtant la première chose que le lisant puisse saisir, car en effet la première lecture (voire les quelques suivantes) est celle du style du pur style en deçà de tout sens (sens qui pourl'instant il nous est encore imposssible de saisir), mais ce sens qu'il faut pourtant ien finir par entrevoir on n'y arrivera que lorsqu'on que l'on se serra totalement imprégné du style d'Hegel, il ne faut en un mot ne pas hésiter à lire des centaines de pages sans en comprendre le moindre mot.Mais pour revenir à la question il te faudra consulter le corpus du philosophe.
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