14 novembre 2006

Artaud, le terrible Antonin Artaud

Mort avouée, mort à moitié pardonnée.

Artaud, le terrible Antonin Artaud a pratiqué, de son être (je ne dis pas de son vivant), de cet infini négatif, pis qu'une fêlure (Artaud-pis-que fêlé, fendu), un trou vaste et tentant, une brèche dans laquelle il convient, mais qui le peut? de ne pas/plus s'engager, une béance qui n'est autre que la tombe - géniale - de l'écrit, du corps et de tous leurs composés : tout passe par Artaud, et nous en sortons chiés et grandis, excréés plus grands que ce que l'on pourra jamais rêver devenir, caca misérable, caca d'Artaud, caca caca, et nous devons nous en sortir, nous en extirper, du très-noble caca d'Artaud, Artaud, le terrible Antonin Artaud qui a creusé la tombe, si tentante, géniale, où l'on précipite, à raison (et c'est le problème : comment faire autrement?), un cadavre, celui des "lettres pures". Or, quoi de plus pur que l'ordure?

Je parle du terrible Antonin Artaud, car voici qu'il revient - poupée macabre que l'on agite bien bourgeoisement. Il revient sur le devant de la scène, avec une expopo à la BNF, et tout le tralala mercantile, éditorial qui s'ensuit. Oh! il n'y a pas que du très mauvais qui se publie sur Artaud, le terrible Antonin Artaud. Mais on en fait quand même tout une foutue montagne. A qui cela profite-t-il? Je m'en fous. Je ne fais que constater, Votre Honneur.

- Et que constatez-vous?

- Je constate que la tombe - géniale, je l'ai dit - creusée par Artaud, le terrible Antonin Artaud est bien profonde. Il nous l'a mise, sa tombe, bien profond, en plein dans l'âme, il l'a creusée, et la creuse encore. Déjà le sol, tant ça creuse, se dérobe sous nos pieds. Nous n'aurons bientôt plus que les couvercles de nos cercueils auxquels nous retenir.