09 décembre 2006

Sollers, Joyce : joyaux, la joie

"Tout le monde sait que les enjeux idéologiques les plus forts en littérature portent sur ce point de savoir ce qu'est un roman, ce qui n'en est pas. Le roman est le point d'impact le plus fort de la narration sociale, des rapports du sujet à la pratique sociale ; ce n'est pas un hasard si l'idéologie dominante surveille avec autant de vigilance tout ce qui relève du romanesque, et si depuis un siècle, les véritables batailles littéraires sont jouées autour ou au-dessous du roman." Phillipe Sollers, (entretien avec J.-J. Brochier).

Inépuisable lecteur de Joyce, Sollers. Il faudrait que j'en parle plus en détails. J'en ai très envie d'ailleurs, mais trop de fatigue hélas. J'y reviendrai, sans doute, si Dieu le veut. A plus tard, donc. En profiter pour remettre le nez dans mes numéros de Tel Quel, chinés çà et là, un peu partout, au hasard des errances.

J'aimerais, pour le seul goût de l'anecdote, relever que le vrai patronyme de Sollers, c'est, ce fut, nous dit Wikipedia, Joyaux. De Joyaux à Joyce ... Un peu le même raccourci qu'entre les noms de Joyce et de Freud ... Prédestinations par l'arbitraire du nom.

Simplement signaler la réédition d'un beau livre de Gisèle Freund, consacré à Joyce justement, avec une petite préface, de Sollers justement, intitulée "Portrait de l'artiste en voyageur humain". Trois Jours avec Joyce, réédité, donc, chez Denoël. On ne fait pas que du travail de cochon chez Denoël. A regretter cependant : la typographie de l'ouvrage. Pas belle, froide. Moderne. Le format de l'ouvrage, pas terrible non plus. J'ai le souvenir d'une édition en langue anglaise de ce livre, qui était de grande classe, elle. En grand format, elle.

Où en étais-je?

"Pas de hasards, pas d'erreurs.
Et, bien entendu, la photographe s'appelle Freund.
C'est-à-dire, comme on commence seulement à le remarquer : Joyce = Freud (en allemand). La joie. Quand même. A un n près, ici, qui ajoute l'amitié." (extrait de ladite préface de Sollers)

Autre chose. Une photo. La voici :



Elle date de 1938. Prise par Gisèle Freund, elle apparaît dans Trois jours avec Joyce. On la trouve aussi dans Tel Quel 64. Elle est intercalée entre deux articles de Sollers, "Joyce et Cie" et "La main de Freud". Je la trouve intéressante. Plus que les articles. On dit que ce qui provoqua le sourire de Joyce sur cette photo, ce fut l'évocation de Matisse, lequel peintre illustra Ulysses sans avoir jamais lu le livre, en s'inspirant de l'Odyssée. C'est encore de la blague, tout ça. L'histoire, les mythes tout ça, se répètent. Tout est idem. Joyce ou Homère. Freud ou Sollers. Tout se chevauche, dans un grand, rigolo raccourci.

C'est cette photo que l'on trouve sur la couverture du dernier Ulysses en langue française, réédité en folio (dans la traduction supervisée par J. Aubert). La photo de cet auteur souriant, narquois, en couverture d'Ulysse semble mettre le lecteur au défi. Vous n'arriverez pas, c'est trop pour vous. Laissez-moi rire. Oui, oui, Ulysse, c'est, en un sens, trop. Oui, oui, et le reste (qui n'est pas silence) est bien pire encore.

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