17 septembre 2005

L'homme à la mer





Et le miroir de la peur de reculer d'un bon mètre cinquante. Voici que sous de fécondes illusions se déclenchent tous les pièges, à commencer par la chausse-trape des mots : tu viens de sombrer dans un sommeil nécessaire, et colossal. Celui de toute une vie. Au dehors, on n'entend rien. Nul ne bronche, les dents même ne grincent plus.


Seul ton corps, qui s'anime vaguement. Dans l'à-peu-près mortuaire des draps. Toi, l'âme exsangue. Les draps te suintent. Toi, glissant. Le corps qui suffoque dans ces draps où tu laisses délibérément du tien, bafoué. Toi-les-draps, qui te traînes vers la porte. Ce que tu prends pour la nuit. Toi-seul.


Tu as fini par te ressembler. La transformation fut spectaculaire. Tu ne t'en remettras pas. Un oracle siégea, et déblatéra, dans ta chair. L'extrême défi, qu'on ne relève plus que par inadvertance. Seul le mensonge pour te maintenir la tête hors de l'eau – la tête qui ne fonctionne plus très bien; elle rêve de liberté, de décollation.


La tête, corps étranger qui surmonte un corps étranger. Elle roule en rêve au pied du lit. On aurait vite fait de te confondre avec ce que tu es, l'alpha et l'oméga de ta propre ruine, si depuis le début tu avais accepté la grande peur qui te fait vaciller ainsi sur tes promesses de cendres. Tu pleures sur ta dépouille, vieux dépouillé.


Et le hasard te renversera sans que nul ne s'en aperçoive. Le hasard scandaleux qui toujours siégea en toi. Dans la ronde idiote du Temps. Le hasard qui de toute façon n'a rien à dire. Le hasard qui t'alourdit t'écoeure et te rend, plein de sel et sans tête, à la mer.

1 commentaire:

Gunthar a dit…

Ceux d'Ombrages connaissent sans doute déjà ce texte. Je crois - mais suis loin d'en être sûr - qu'il figure déjà dans mon atelier, là-bas, à l'ombre.