29 novembre 2005

Blogue note

Quelle est la durée de vie d'un blogue? Tous ces pseudo-journaux intimes ne disparaîtront-ils pas avant le support papier? Rien de moins stable que le ouèbe. Peut-être que la cyber-écriture disparaîtra un jour, mais elle aura mille fois changé de forme avant de péricliter tout à fait. Ce qui importe, c'est de se rendre compte que le blogue suppose une nouvelle modalité de lecture - peut-être même d'écriture. Il y aura sans doute des répercussions sur l'écriture-papier.

Le dieu Ouèbe rend la publication vulgaire. Tout le monde peut publier quelque chose désormais. ce n'est pas un pas en avant , juste un grand pas de côté.

Peut-être quelque chose d'aussi important que l'invention de l'imprimerie, mais avec d'infinies possibilités en plus; un énorme potentiel de médiocrité. Seul avantage peut-être du blogue - et du net en général: l'étalage rendu possible, à ciel ouvert, de la pornographie, sa diffusion épidémique sous le nez des censeurs et des prudes.

Jamais je ne mettrai Cravate en ligne. Mon désespoir est encore soutenable. Même si je n'en pouvais plus, à force de refus, d'écoeurement, jamais je ne me résoudrai à foutre ce texte dans mon blogue. Jamais je ne le céderai au dieu Ouèbe. Pour la simple et bonne raison qu'il n'a pas été écrit pour être lu sur un écran, par deux ou trois n'importe-qui de passage, des quidams en mal de branlette sensationnelle, de littérature "décadente" ou de cu.

La pire chose à quoi un auteur puisse être réduit : supporter ses propres textes, colporter, vendre son bren, faire de la pub - pire encore, que ladite pire chose: avoir à se justifier, à se manifester et dire : Lisez-moi.

Ouèbe soumet à cette tentation. Mais souvent le ridicule nous arrête. Et pourtant, il est tellement de sites qui promettent la reconnaisance. Enormes pièges à cons. je vois tellement de gens qui se disent écrivains, poètes ou penseurs sous prétexte qu'ils voient leurs oeuvres publiées sur le net. C'est effrayant le nombre de cons qu'il y a comme ça.

N'offre à Ouèbe rien de vrai en sacrifice, rien de profond, rien de toi-même. Mais déleste-toi de ce qui est sur le point de déborder. Tombe ta veste. Débarasse-t'en. Réserve-toi des coins d'écriture sérieuse, ménage-toi de tels endroits dans l'espace du réel absent. Une table de café, ton bureau, ton lit font l'affaire.

Ouèbe dévore ta carcasse insignifiante, superficielle (c'est ce qui se passe à ce moment précis) - remercie-le, personne d'autre (aucun dieu) ne te servira si bien de porte-manteau et d'équarrisseur.

Tu peux suprimer ton blogue à tout instant. En deux clics. Ce qui rend bien compte de l'intangibilité, de l'instabilité de ce lieu, qui n'est d'ailleurs lieu qu'à moitié.

Publier, faire à Ouèbe une offrande, n'est pas un geste définitif. C'est un don rétractable qui ne supose pas que tu y mettes du tien. Aussi, joue le jeu. N'offre rien de profond, rien de toi-même etc. au dieu Ouèbe. Il s'en fout que ce soit profond ou non. Il ne juge pas, ou alors mal. Que ce soit un mets raffiné ou du méconium, il n'est pas regardant et bâfre pareillement. Un dieu glouton et indifférent à l'offrande ou au sacrifice. Un dieu qui ridiculise ses martyrs. Un dieu misérable à la portée du premier venu. Le martyre de l'écrivant-papier garde un sens quant à lui, en cela qu'il suppose un désir de sainteté. Je m'en rends bien compte. Je constate, froidement. J'accepte. Je suis le maître et le martyr de ma propre vision, de ma propre "cause." Encore que celle-ci n'a de cesse de changer de nom et de forme. Peut-être pas encore tout à fait maître. Mais martyr, à n'en point douter.


Que c'est péteux!

Gunthar prie pour vous.

Aucun commentaire: