27 février 2006

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Le café était pour ainsi dire désert. Les autos passaient en trombe devant les vitrines. Quelqu’un dormait à l’étage. Le serveur lisait l’Huma, sans conviction. La lumière tombait oblique à travers les vitres grasses. Il est d’ores et déjà difficile de décréter quand exactement l’histoire a commencé à devenir racontable. Je suis d’avis qu’elle n’a jamais été digne de l’être. Allez savoir, peut-être que ce quotidien-là depuis des années commençait à déployer ses ailes. Ils appellent ça le destin. Peut-être que je me trompe. Peut-être que raconter ça, tel quel, je veux dire, comme ça m’est venu, et comme, cette nuit, ça me revient - peut-être que raconter ainsi, raconter, dire les faits, peut-être que c’est inutile, insensé. Allez savoir. Moi ça me dépasse.


Autant le dire de suite, je n’en suis pas à mon premier roman. Il y en a des tas comme ça, qui s’entassent et s’empoussièrent, dans les tiroirs du bureau, dans ma pauvre tête. Dire que celui-ci est important, digne d’être écrit et pensé, c’est peut-être présomptueux de ma part. Etant moi-même acteur et spectateur de cette histoire, je suis mal placé pour juger de ce genre de choses.


Ca n’a aucune sorte d’importance que je dévoile la fin. Oui, M. était coupable. Ca crève les yeux, avant même de raconter, de dévider la véritable fiction des faits, M. était coupable.

M. ou un autre. Je le répète, cela n'a aucune sorte d'importance.



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