24 février 2006

Aux vaincus

La déraison du (plus) faible s'inscrit en creux, ou tout contre, la raison du plus fort. C'est le signe de la tragédie que la déraison - on pense au vieux Lear, à Hamlet, à Oedipe, à Antigone et à tant d'autres personnages éponymes. Le plus fort exploite la faille du faible, méthodiquement. (La victoire politique de Bolingbroke est sans appel. Mais, en creux de celle-ci, Richard, le personnage tragique et éponyme ourdit la victoire, plus éternelle, car fondée, comme la religion, sur le verbe, du poétique.) Sommes-nous voués à écrire le manifeste des vaincus? C'est une question plus fondamentalement douloureuse et abjecte que profondément grave que j'énonce ici. J'aimerais pouvoir en rire, mais la difficulté de faire (proche de ce que Cocteau nomme la difficulté d'être) m'en empêche. Allons, rions. La souveraineté est un mythe qui d'emblée nous baise dans le cu et nous perce l'âme. Allons, rions, et n'espérons pas trop. Assoyons-nous sur le chibre théologal de la souveraine espérance jusqu'à ce que, violacée, la pine d'icelle sorte giclante et impeccable de nos pauvres gueules de vaincus. Rions, rions fort.

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